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LES ANNÉES DU CANCAN

Le Moulin Rouge

De la Goulue en passant par Jane Avril, Yvette Guilbert, Valentin le Désossé, Le Moulin Rouge a fait vivre le Paris du début du siècle. Toulouse-Lautrec témoin attentif, nous rapporte des images d’un univers autant brillant que secret…

TOULOUSE-LAUTREC, LA MÉMOIRE DE MONTMARTRE

Henri de Toulouse-Lautrec, La Goulue et Montmartre sont historiquement indissociables. Il est là, tous les soirs, au premier rang, assis sur un tabouret du bar, la moustache toujours humide plongée dans son éternel verre d’alcool. Il jubile lorsque l’écume des jupons vient s’écraser sur son visage. Il sait que la fête n’est qu’apparence et que derrière les belles robes, les couleurs et la joie de vivre, se dissimulent le vice, l’infamie, la mort… La Goulue apprécie visiblement le travail de l’artiste au corps atrophié qu’elle appelle affectueusement “ Le petit homme touffu ” ou “ mon petit bonhomme ” “ Il me grandit ”, affirme-t-elle malicieusement. “ Quand je vois mon cul dans ses peintures, je le trouve beau… ” Leur complicité est telle que chaque vendredi, elle est admise rue Toulaque, dans l’atelier où il reçoit ses amis.
Toulouse-Lautrec va bientôt se découvrir une passion quasi-égale, pour Jane Avril. Lorsqu’elle détrône La Goulue sur la scène du Moulin Rouge, elle prend également sa place dans son coeur. Il trouve “ extrêmement frémissante ” cette fille qui a une petite face de rongeuse de rate funèbre… ” Elle est rapidement supplantée à son tour par Yvette Guilbert. Il n’est guère payé en retour. Elle le surnomme le “ Quasimodo de l’art ”. Sur le seul dessin qu’il lui offrira, elle écrit “ Petit monstre, mais vous avez fait une horreur… ”
Petit à petit, il se dirige vers d’autres lieux de plaisir, sans oublier toutefois La Goulue. Le 6 avril 1895, elle lui adresse la lettre suivante: “ Mon cher ami, je serai chez toi le 8 avril à 2h de l’après midi. Je serais bien contente si tu avais le temps de peindre quelque chose sur ma baraque. Elle est au Trône. Je suis placée en entrant à gauche. J’ai une très bonne place. Tu me diras où il faut que j’achète mes toiles. Je te les donnerai dans la journée même. ”

Il réalise aussitôt deux panneaux. L’un met en scène La Goulue et Valentin le Désossé sur la piste du bal. L’autre rend hommage à la reine du quadrille reconvertie dans la danse du ventre. En septembre 1900, à la Foire du Trône, il l’aperçoit dans sa roulotte, vivant entre un chien perdu et une hirondelle apprivoisée. L’odeur de ménagerie le saisit à la gorge. Il n’éprouve même pas l’envie de saluer la ruine qu’elle est devenue. Il sait que c’est la fin d’un monde. Il ignore qu’il s’agit aussi du début d’une légende.

LA GOULUE, AMBASSADRICE DU PLAISIR

Elle s’appelle Louise Weber, on l’a surnommée La Goulue parce que, dès son adolescence, elle a pris l’habitude de “ sécher les fonds de verre dans les cabarets des fortifs ”. Née à Clichy, aux alentours de 1865, elle est élevée par une mère blanchisseuse. À 16 ans, à l’insu de sa maman, elle se rend au bal musette.
Un soir, deux de ses compagnons de valse, Charlot le déménageur et Charles Destauques, surnommé l’intrépide vide bouteille, l’entraînent au Grand Véfour. Les Messieurs l’invitent à danser, lui offrent des flûtes de champagne, jettent des louis dans ses cheveux et dans ses souliers. Son premier triomphe devant ses futurs inconditionnels. Joseph Oller, qui recherche des danseuses pour le Moulin Rouge, succombe à son charme et l’engage pour le grand quadrille.
Et c’est ainsi que cette fille publique inconnue, qui n’a rien d’une pin-up sexy devient du jour au lendemain la reine de la sensualité parisienne.
Saluant le public d’une irrespectueuse courbette, elle montre a qui veut bien le voir, le coeur qu’elle a fait broder sur la partie postérieure de sa culotte. Ses admirateurs, des hommes au-dessus de tout soupçons, portant habit noir et chapeau haut de forme, hurlent de bonheur lorsque du bout de sa chaussure, elle parvient à la fin du galop, à faire sauter leur chapeau. Elle affiche un caractère épouvantable et lorsqu’elle est de mauvaise humeur, personne n’ose lui adresser la parole… Elle se prend pour la reine de Paris, circule dans sa propre voiture attelée, le grand chic à l’époque, et arrive aux répétitions tenant une petite chèvre en laisse.

La Goulue
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